Écrire n’est pas le vrai métier d’un rédacteur !

« Mais écrire, ce n’est pas un vrai métier. Tout le monde sait écrire. »
Cette phrase, une amie me l’a lancée récemment. Le pire c’est qu’elle n’y a vu aucun mal. C’est précisément à cet instant que j’ai compris à quel point le métier de rédacteur web reste mal compris.
Pour beaucoup, écrire se résume juste à aligner des phrases faisant sens. C’est une vision réductrice. La réalité est tout autre. Savoir écrire n’a jamais suffi … Ce que cette remarque balaie d’un revers de main ? Ce n’est pas seulement mon travail. C’était tout ce qui se joue avant le premier mot couché sur le papier et que personne ne voit. Jamais. Vous savez, la compréhension d’un enjeu, d’une intention, d’un non-dit. Cette capacité (qui n’est pas donnée à tout le monde, ne vous en déplaise) à transformer une pensée floue en message clair. Écrire ? Ce n’est pas remplir, mais bien, de nos jours, faire sens.
Si le métier de rédacteur web est aujourd’hui comparé à une simple compétence interchangeable, voire à une machine, c’est parce que son vrai rôle reste largement invisible.
Le métier de rédacteur web : tout ce qui se joue avant l’écriture !
En tant que rédacteur SEO ou encore ghostwriter, une mission ne commence jamais devant un clavier. Non. Elle débute, en réalité, bien avant. Ce moment-là ni les briefs expédiés ni les générateurs de texte ne savent l’appréhender. Avant le moindre mot … il y a une écoute. Parfois laborieuse. Souvent confuse. Pourquoi ? Simplement parce qu’un client arrive rarement avec une idée claire. Il fait appel à nous avec des intentions mêlées, des objectifs flous … quelquefois avec des contradictions.
En tant que professionnelle de la rédaction mon rôle n’est pas de « produire du contenu », mais de démêler tout cela. De comprendre ce qui doit être dit… et surtout ce qui ne doit pas l’être. Vous savez quoi ? C’est là que la différence avec une machine devient évidente. Une IA exécute une demande (le fameux prompt). Un rédacteur web humain, lui, interrogera la demande elle-même :
- pourquoi cet article ? ;
- pour qui ? ;
- à quel moment du parcours ? ;
- avec quel niveau de maturité, de confiance, de résistance aussi, chez le lecteur ?
C’est cette réflexion, stratégique, éditoriale, profondément humaine donnant du sens aux mots, bien avant toute optimisation SEO.
Vous l’aurez donc compris. Réduire le rôle du rédacteur à l’écriture seule, c’est faire fi de tout ce travail de fond : la compréhension du contexte, de la voix de marque, de l’intention réelle derrière le mot-clé. C’est également confondre la forme visible avec la mécanique invisible qui la rend pertinente. C’est, à mon sens, précisément là que le rédacteur web face à l’IA ne joue pas le même jeu.
Rédacteur web et IA : deux logiques qui ne parlent pas le même langage
Mettre un rédacteur web et une IA sur le même plan, c’est déjà se tromper de débat. Parce qu’ils ne travaillent pas à la même chose. Ni au même endroit. Ni avec les mêmes contraintes.
Une IA répond à une instruction. Elle n’en mesure ni la portée, ni les conséquences de ce qu’elle vous livre. Elle ne perçoit pas ce qui peut fragiliser une crédibilité déjà bancale.
Un rédacteur web/SEO (un vrai), pour sa part, est obligé de se poser ces questions. Même quand elles ralentissent la production. Parce qu’il sait qu’un contenu s’inscrit nécessairement dans une histoire, une image, une relation de confiance, parfois fragile, entre une marque et ceux la lisant.
La différence est là ! Car, là où l’intelligence artificielle enchaîne des formulations cohérentes, le rédacteur web humain arbitre. Il choisit. Il renonce parfois. Il accepte de ne pas tout dire ou du moins … pas tout de suite. Non par manque de capacité, mais par responsabilité éditoriale.
Opposer IA et rédaction humaine n’a donc, à mes yeux, pas beaucoup de sens. Le vrai sujet ? C’est cette confusion actuelle entre produire du texte et porter un message. Tant que ces deux notions seront mélangées, notre profession continuera à être perçue comme automatisable.
Cessez de confondre production de contenu et responsabilité éditoriale !
Le vrai danger n’est pas l’IA. Le vrai danger, c’est ce glissement discret qui consiste à croire qu’un texte peut être produit sans personne pour en assumer le sens … les conséquences. Oui. Produire du contenu, aujourd’hui, n’a jamais été aussi simple. Rapide et évidemment abordable. Un contenu publié engage pourtant toujours quelque chose. Une image. Une crédibilité. Un positionnement. Il peut renforcer une confiance… ou l’abîmer durablement. Cela, qu’on le veuille ou non.
La responsabilité éditoriale, c’est accepter cette réalité. C’est se demander ce qu’un texte va provoquer une fois lu, repris, interprété. C’est mesurer ce qu’il dit, mais aussi ce qu’il laisse entendre ou exclut. Une IA ne porte pas cette responsabilité. Ce qu’elle livre ? Juste un résultat conforme à une instruction … sans conscience aucune de ses effets. Elle ne perçoit pas les angles risqués, encore moins les silences nécessaires. Un rédacteur web, lui, n’a pas ce luxe.
Tant que la production de texte sera confondue avec le travail éditorial, les clients et le grand public continueront à se demander « pourquoi encore faire appel à un professionnel de l’écriture » !
Ce que j’aime dans mon métier de ghostwriter, c’est précisément ce que les autres ne voient pas. Ce moment suspendu où mon client me confie quelque chose d’encore informe. Une idée fragile. Une pensée mal assurée .. parfois même un malaise. Je résiste dans mon métier pour cette responsabilité silencieuse consistant à ne pas trahir ce qui cherche à émerger.
Je suis attachée à cet acte de traduction. Traduire une intention en mots justes. Traduire une complexité en clarté. Traduire une voix intérieure en message lisible, sans l’aplatir ni la dénaturer. Le vrai enjeu (à l’heure où les textes se multiplient à une vitesse inédite) n’est pas d’écrire plus vite. Il est d’écrire plus juste. De redonner du poids aux mots.
Les métiers de rédacteur web ou de ghostwriter, ne sont pas menacés par la machine. Ils sont mis à l’épreuve. Et cette épreuve interroge notre rapport au sens, à la parole, à ce que nous acceptons de déléguer ou non.
Peut-être que tout le monde sait écrire (permettez-moi tout de même d’en douter fortement). Mais tout le monde n’est pas prêt à assumer ce que ses mots produisent. Si c’est cette exigence que vous cherchez pour votre marque ou votre activité … alors la conversation peut commencer.

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