L’IA représente-t-elle un danger pour nos enfants ?

Un enfant, seul dans sa chambre. Un écran allumé … et une machine qui répond mieux que beaucoup d’adultes. IA représente-t-elle un danger quand elle entre si tôt dans la vie de nos enfants ? La question n’est plus théorique. Elle se pose déjà, chaque soir, dans les foyers. Dans les écoles. Dans les téléphones que l’on confie pour « avoir la paix ».
L’intelligence artificielle s’est installée depuis quelques temps maintenant dans notre quotidien. Silencieusement. Utile. Séduisante.
Pendant que de très nombreux adultes s’enthousiasment pour ses performances, les plus jeunes deviennent, eux, ses premiers utilisateurs… sans toujours en mesurer les conséquences.
Derrière la promesse de progrès se cachent cependant des zones grises. Dépendance cognitive. Exposition à des contenus inadaptés. Collecte de données. Confusion entre humain et machine. Autant de signaux faibles que nous autres parents préférons la plupart du temps ignorer (par manque de temps).
Alors, faut-il s’inquiéter ? Réguler ? Accompagner ? Ou simplement ouvrir les yeux ?
Les zones d’ombre : ce que l’IA fait sans que nos enfants le sachent
Un enfant s’adressant à une IA, n’a, bien souvent, pas l’impression de livrer quelque chose. Il discute. Il teste. Il joue. Il pose des questions qu’il n’oserait parfois même pas poser à un adulte. C’est précisément là que commence le problème, non ? Oui. Parce que chaque requête laisse une trace et alimente un système. Goûts, centres d’intérêt, doutes, fragilités, parfois même émotions. La vie privée, pour un enfant est une ligne qu’il ne sait pas encore tracer. Nous, parents ? Nous sommes rarement là au moment précis où tout se passe.
Comprenez bien que l’IA n’espionne pas au sens classique du terme. Elle collecte. Elle analyse. Elle apprend. Les données s’accumulent bien avant que l’enfant comprenne ce qu’est une donnée personnelle et encore moins ce qu’elle peut devenir une fois stockée, revendue ou réutilisée.
Autre zone grise, plus insidieuse encore : la pensée critique. Quand une machine répond vite, bien formulée, avec assurance, pourquoi douter ? Pourquoi chercher ailleurs ou encore confronter les sources ? L’enfant apprend alors à consommer une réponse plutôt qu’à la questionner. À accepter une vérité «clé en main». À force de déléguer la réflexion, le risque est de finir par atrophier un muscle essentiel : celui du doute. Mais si, vous savez celui poussant à vérifier, à comparer, à se tromper aussi. Grandir, c’est apprendre à penser contre. Contre une idée, contre une évidence, parfois contre soi-même. Une compétence que l’IA ne transmet pas spontanément.
Quand on s’en rend compte ? Il est généralement déjà trop tard pour faire marche arrière sans effort.
IA représente-t-elle un danger… ou un formidable copilote pour nos enfants ?
J’ai envie de vous répondre : tout dépend de la place que vous lui donnez ! Mal encadrée, l’intelligence artificielle peut enfermer. Bien utilisée, elle peut être une vraie caverne d’Ali Baba … Car oui, l’IA peut devenir un assistant d’apprentissage incroyable. Un copilote, pas un pilote automatique, c’est-à-dire un outil qui accompagne, sans remplacer.
Cette technologie, ne soyons pas hypocrites a de très bons côtés. Grâce à elle, un enfant peut reformuler une leçon qu’il n’a pas comprise. Explorer un sujet qui l’intrigue. Mieux, il peut poser cent fois la même question sans être jugé. Pour moi, l’outil n’a de sens que s’il soutient l’effort. S’il ne l’annule pas.
La frontière est fine toutefois. Très fine.
Dès lors que l’IA donne la réponse avant que l’enfant n’ait cherché, tâtonné, échoué … elle change de rôle. Elle ne guide plus. C’est souvent là que les adultes, sans le vouloir, appuient sur le mauvais bouton. Peut-être par souci d’efficacité, la plupart du temps par fatigue ou encore manque de temps.
Encadrer l’IA, ce n’est pas la diaboliser. C’est poser, avant tout, un cadre clair. Dire quand elle peut aider… et quand elle doit se taire. Il faut faire appel à elle pour comprendre, certainement pas pour produire à la place. L’enfant doit rester acteur. Curieux. Critique. En mouvement. Car si nous nous demandons encore : l’IA représente-t-elle un danger ? la vraie question est peut-être ailleurs : voulons-nous des enfants sachant utiliser une machine ou des enfants capables de penser avec elle, sans jamais lui abandonner les commandes ?
L’IA représente-t-elle un danger ? Uniquement si les parents censurent au lieu d’accompagner.
Il semble que pour beaucoup de parents (dont je fais sans doute partie) interdire rassure. Pourquoi ? Parce qu’accompagner fatigue. Face à l’intelligence artificielle, l’interdiction pourtant est la pire chose à faire. Nous coupons l’accès, nous confisquons l’écran… en espérant que le problème disparaisse. Soyons honnêtes avec nous-même : il ne disparaît pas. Il se déplace. À l’école. Chez les amis. Sur un autre appareil. Plus discrètement. Sans nous.
La vraie question n’est pas « IA représente-t-elle un danger ? », mais : que se passe-t-il quand l’adulte n’est plus là pour encadrer ? Un enfant privé d’outil n’apprendra pas à s’en servir. Il apprendra tout simplement à le contourner. Surtout ? Il apprendra seul. Sans repères. Sans contradicteur. Sans référent pour remettre du sens là où la machine n’en a pas.
Être parent-médiateur, ce n’est évidemment pas tout savoir. C’est accepter de ne pas maîtriser totalement l’outil, mais de rester présent. Poser des questions simples. Pourquoi tu l’utilises ? Qu’est-ce que ça t’apporte ? Tu es sûr de cette réponse ? Et toi, qu’en penses-tu ?
Ce questionnement est important ! Primordial même. Car l’enfant n’a pas besoin qu’on lui dise que l’IA peut se tromper. Il a besoin de le découvrir, accompagné. De comprendre que la machine n’a ni intuition, ni recul, ni valeurs. Qu’elle répond, mais qu’elle ne pense pas. Que penser, justement … cela s’apprend. C’est, à mon humble avis, la seule façon de transformer un outil potentiellement problématique en levier éducatif.
Alors l’IA représente-t-elle un danger pour nos enfants ?
Peut-être. Mais bien moins que notre absence, notre lassitude ou notre renoncement à jouer ce rôle ingrat et pourtant fondamental : celui d’éducateur-médiateur.
Au fond, savoir si l’IA représente-t-elle un danger pour nos enfants oui ou non, n’est peut-être pas une question à trancher une bonne fois pour toutes. C’est une question à reposer. Souvent. À chaque fois, à vrai dire, où nous sentons que quelque chose nous échappe. L’IA va évoluer. Rapidement. Plus vite que les lois, que les programmes scolaires, mais également notre capacité collective à poser des règles claires. Nos enfants, eux, grandissent dedans. Ils ne la verront jamais comme une nouveauté, mais comme une évidence.
Notre responsabilité est ailleurs. Oui. Dans notre capacité à rester présents. À ne pas laisser la machine devenir un tiers éducatif par défaut, simplement parce qu’elle est disponible, patiente et toujours connectée. Peut-être que le vrai enjeu n’est pas de savoir : l’IA représente-t-elle un danger, mais de décider quel adulte nous voulons être face à elle. Un adulte qui subit. Ou un adulte qui transmet et qui accompagne. Cette décision-là ? Elle ne dépend bien sûr ni d’un algorithme, ni d’un écran. Elle dépend uniquement de nous.

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